Visite nocturne : le fort sublimé !

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Visite nocturne : première ! Le fort de la Grande Haye a été pris d’assaut, samedi soir, par 250 personnes curieuses de (re)découvrir cet ouvrage militaire de la fin de la guerre de 1870. Julie, Cédric Vaubourg et leur équipe pouvaient être fiers du résultat.

Vous avez dit « petit » fort ? Si, en termes militaires, celui de la Grande Haye n’avait rien d’une structure imposante, l’adjectif « petit » ne

250 personnes ont participé à cette première visite nocturne.

concerne vraiment que l’édifice. Car au niveau de l’investissement, du travail de réhabilitation accompli par Julie, Cédric Vaubourg et leur armée de bénévoles, tout est grand. Avec un grand G.
Construit de 1882 à 1884, après, donc, la guerre de 1870, le fort de la Grande Haye, entre les ouvrages de Bois l’Abbé (qui possédait 2 fours et alimentait en pain la Grande Haye et Uxegney) et Dogneville, avait pour vocation d’empêcher l’invasion

Le public a pu apprécier la qualité du travail de restauration.

allemande. Il protégeait, lors de la Première Guerre mondiale, le nord de la place forte d’Épinal, surveillant les pentes de la côte de Virine et la vallée de la basse Moselle et contrôlant la voie ferrée venant de Nancy.

Dépôt de munitions, terrain de manœuvres

De 1892 à 1894, le fort est en partie renforcé par du béton spécial. S’il possède un armement (2 canons de 95, 6 de 120 long, 1 mortier de 15, 3 canons de 5 en 1884 ; 4 canons de 120 long, 2 canons de 90, 4 canons révolver en 1906 ; 8 canons de 80 et 4 canons révolver en 1908 et 1912), celui-ci ne sera jamais utilisé. Fin 1915, la Grande Haye (qui abrita jusqu’à 194 hommes) est progressivement désarmé pour envoyer les pièces sur le front. Il conserve tout de même suffisamment de poudre noire pour, éventuellement, détruire l’ouvra en cas

Les guides ont passionné leur auditoire.

d’approche de l’ennemi. Mais le fort sera cependant réarmé en 1917, suite à la bataille

Explications et anecdotes au programme.

de Verdun. À la fin de cette année, 4 canons révolver, 4 mitrailleuses de flanquement, quelques mitrailleuses et fusils mitrailleurs (pour la défense rapprochée) constituent l’armement de l’ouvrage golbéen.
Sa « vie guerrière » s’arrête avec la fin du conflit mondial. Entre les deux guerres, il sert de dépôt de munitions, est occupé par les Allemands lors de la Seconde Guerre, est ferraillé en 1944 sous l’organisation Todt (groupe de génie civil et militaire du Troisième Reich) pour alimenter le mur de l’Atlantique et ses différents éléments métalliques disparaissent…
Laissé à l’abandon, le fort de la Grande Haye sert alors de terrain de manœuvres au 170e RI pour au 1er RT et sera progressivement dégradé, son aspect modifier, notamment pour faire entrer des chars AMX 10… Et puis, plus rien…
L’édifice disparaît sous la végétation. Le fort de la Grande Haye a cessé d’exister… Jusqu’à ce qu’une poignée de bénévoles, passionnés par l’Histoire militaire, décident de sortir l’ouvrage de l’anonymat.
Cédric et Julie Vaubourg ont cette passion chevillée au corps. Et ils la transmettent à leur équipe. Le fort est propriété de la Ville, ils soumettent leur projet à Roger Alémani qui donne son feu vert. Avec l’aide des employés municipaux, en novembre 2015, ils coupent, tronçonnent, débroussaillent, débarrassent la vieille dame de ces encombrants oripeaux et redonnent vie à ce pan du patrimoine golbéen !

L’illumination des façades : le clou du spectacle !

Le travail est colossal mais les membres de Fortiff’Séré sont déterminés. Ils retroussent les manches, passent des milliers d’heures dans l’ouvrage, multiplient les travaux de toutes sortes. Mais certains demandent des compétences particulières comme, par exemple, restaurer la façade. Qui nécessite l’intervention d’une entreprise spécialisée car il faut démonter la partie en béton pour reconstruire le mur de maçonnerie en moellons. Tout cela a un coût : 33 000 euros environ. Et puis, il y a les portes métalliques : 8 (de 150 kg chacune) pour fermer les 4 ouvertures du casernement bétonné. Même si elles sont réalisées (d’après le peu d’éléments en leur possession) et installées par les bénévoles, il faut aussi ouvrir le portefeuille : 3 000 euros pour la matière première…

Une première nocturne réussie !

Voici, grossièrement résumés l’histoire du fort de la Grande Haye et le colossal travail du couple Vaubourg et de son équipe. Mais l’argent étant le nerf de la guerre, il faut

Cédric Vaubourg, maître de cérémonie.

trouver les ressources nécessaires pour poursuivre l’œuvre. C’est la raison pour laquelle, le 28 avril 2018, Roger Alémani (présent samedi) a signé une convention avec la Fondation du Patrimoine, permettant de récolter des fonds via un mécénat populaire pour continuer les travaux de restauration de ce fort de la Grande Haye.
Si vous êtes intéressés : https://www.fondation-patrimoine.org/les-projets/fort-de-la-grande-haye-a-golbey

Projection d’un film à l’issue des visites.

Mais revenons à l’objet de cet article… L’argent ne tombant pas du ciel et les travaux étant déjà bien avancés, l’association a décidé d’ouvrir le fort au public. Et de proposer des visites guidées. Qui, depuis 2016, connaissent un succès grandissant. Nouveauté cette année : Fortiff’Séré avait organisé une visite en nocturne. Une première et une réussite : 250 personnes ont investi les lieux ! Mais ne croyez pas que les « maîtres du fort » allaient se laisser déborder par tant d’enthousiasme. Tout était réglé au millimètre ; depuis le stationnement parfaitement maîtrisé jusqu’aux visites. Au pluriel bien sûr car diriger autant de monde dans les différents endroits de l’ouvrage nécessitait la répartition en plusieurs groupes. Cela tombait bien car neuf guides étaient là pour emmener le public à la découverte du fort et de son histoire. Avec Julie, Cédric, Fabrice, Jean-Pierre, Bertrand, Denis, Daniel, Sandrine et Patrick (un baptême du feu pour ces trois derniers), les visiteurs eurent droit à des explications claires, précises, détaillées, à des anecdotes ; bref, à un déluge d’informations qui fit que personne ne vit le temps passer !
Et quand tout le monde se retrouva dans la cour, ce fut pour le bouquet final : l’illumination (en musique) des façades et la projection d’un film sur la place forte d’Épinal et plus particulièrement le fort de la Grande Haye.Un son et lumière qui nécessita quelque 30 heures de réglages et qui est l’oeuvre d’Éric Tockler, membre actif de l’association Fortiff’Séré et, bien sûr, passionné de notre passé militaire. Chapeau, l’artiste !
Une soirée mémorable et inoubliable, un nombreux public conquis et ravi, des guides au sommet de leurs connaissances : cette première visite nocturne de ce joyau du patrimoine golbéen fut une complète réussite. Et, bien sûr, elle en appelle d’autres. Car c’est rendre justice au travail titanesque d’une armée de bénévoles, férus d’histoire militaire et qui perpétuent ainsi le devoir de mémoire.
Gageons que ce rendez-vous ne sera pas sans lendemain et là, nous pouvons faire confiance à l’association qui fourmille d’idées pour continuer à faire vivre le fort de la Grande Haye.

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